Venezuela

Un bilan des élections du 3 décembre



Une première approche des résultats du processus électoral vénézuélien – dont la régularité a été incontestée – s’attachera à la « marée rouge » qui a inondé les rues du pays. Réélu contre son adversaire de droite, Manuel Rosales, avec presque 63 % des voix (plus de 7 millions de suffrages exprimés), Chávez, qui contrôle une majorité écrasante des municipalités, tous les gouvernements régionaux sauf deux ainsi que le parlement1, se trouve plus que jamais légitimé.

Si l’on compare ce résultat avec celui des scrutins précédents, deux interprétations peuvent être faites. L’une, optimiste, considérera que par rapport aux 56 % de 1998, aux 59,7 % de 2000 et aux 61,35 % de 2004, le vote Chávez continue de croître. Une approche plus critique conduira à se demander, comme le fait la sociologue marxiste installée à Cuba, Marta Harnecker (qui ne peut vraiment pas être considérée hostile à la révolution bolivarienne), comment il se fait que « malgré les notables avancées obtenues par le peuple vénézuélien sous le gouvernement bolivarien au cours des dernières années, il sera très difficile pour le président Chávez d’obtenir de meilleurs résultats qu’au référendum [de 2004] (…) avec une marge de l’ordre de 20 points. »2

Si Chávez a finalement fait un peu mieux que ce que prévoyaient les sondages, il reste, estime Marta Harnecker, qu’une croissance de l’ordre de 1 % par an n’est pas suffisante, surtout si l’on considère les défaites que le peuple vénézuélien a infligées à la réaction. Le contrôle par la droite des principaux médias ne lui paraissant pas, à cet égards, une explication satisfaisante.

Sans parler de l’objectif irréaliste, qui avait été lancé par Chávez lui-même, d’obtenir « 10 millions de voix », il convient donc de se demander comment une opposition décimée et divisée, après tous les coups qu’elle avait reçus du mouvement de masse, a pu surmonter sa crise en l’espace de quelques mois, pour ensuite pratiquement rééditer son score d’il y a deux ans.

La responsabilité n’en incombe certainement pas à la masse des travailleurs et des paysans, qui ont largement déjoué les craintes de forte abstention formulées à travers plusieurs appels de Chávez, en se mobilisant comme elles l’avaient fait lors du référendum de 2004. Nombre de ceux qui ont pu s’exprimer pour la première fois, grâce à la campagne d’attribution de papiers d’identité lancée par le gouvernement3, ont démontré qu’ils étaient tout à fait prêts à aller voter lorsque cela pouvait avoir un sens à leurs yeux.

Une explication possible serait que le processus de la révolution bolivarienne ait atteint son « plafond électoral ». Une autre, sans doute plus proche de la réalité, situe le véritable problème dans un appareil d’Etat qui demeure absolument bourgeois, dans la bureaucratie qui y est enkystée et résiste bec et ongles aux avancées du pouvoir populaire, dans la corruption qui affecte tous les aspects de la vie quotidienne et dans l’absence de volonté politique de Chávez d’y mettre un terme. Sans une telle volonté, les appels au peuple pour que ce dernier « l’aide » à en finir avec ces tares résonnent aux oreilles de beaucoup comme des phrases creuses.

De ce point de vue, une série de déclarations de Chávez pendant la campagne et après sa victoire sont préoccupantes. Outre son affirmation selon laquelle il va ouvrir un dialogue avec l’opposition, le président vénézuélien a annoncé la formation d’un parti « unique » officiel (qui pourrait s’appeler « Parti socialiste unifié du Venezuela ») ayant vocation à réunir tous ceux qui sont disposés à « monter sur le porte-avions de Chávez »4, et une réforme de la constitution qui permettrait la réélection sans limitation du nombre des mandats à tous les postes électifs à commencer par la présidence de la République.


Une dérive dangereuse

Précisons avant tout que nous ne partageons en rien l’opinion de certains groupes « trotskystes » plus que sectaires, pour lesquels la réélection de Chávez serait une sorte de calamité. En revanche, il est nécessaire d’avertir de trois dangers qui pointent à l’horizon de la révolution bolivarienne.

Le premier résulte de la confiance que Chávez et ses partisans officiels témoignent envers l’opposition bourgeoise. Le lendemain du scrutin, William Lara, coordinateur du Mouvement V° République, affirmait que «lL’opposition a fait un pas très important. Elle est maintenant confrontée au défi de démontrer qu’elle a rompu avec les schémas putschistes et de se tenir à une telle attitude. S’ils se conforment à la démocratie, le gouvernement répondra avec réciprocité et fera une ouverture vers le dialogue et le consensus »5.

Il s’agit d’une erreur que le peuple vénézuélien pourrait payer demain au prix de son sang. Dialoguer et rechercher un « consensus » avec la bourgeoisie vénézuélienne signifie qu’il n’y aura jamais de socialisme dans le pays. Après les expériences tragiques vécues par les masses travailleuses sur ce continent et dans le monde, comment croire que l’on pourrait arriver au socialisme par un « consensus » entre exploités et exploiteurs ?

Le deuxième problème est celui de la création d’un parti unique de la révolution bolivarienne. Chávez et ses représentants parlent de la nécessité d’unifier tous les partis voulant se situer du côté de la révolution bolivarienne mais aussi tous les mouvements, organisations sociales, syndicats et y compris conseils communaux. Soyons optimistes et considérons par conséquent qu’il ne s’agit pas d’une tentative de reproduction du modèle stalinien sous l’influence de Cuba – même si l’article déjà cité de Marta Harnecker peut alimenter des craintes dans ce sens. Mais ne soyons pas pour autant ingénus, car depuis les débuts du processus révolutionnaire, le gouvernement a systématiquement tenté de contrôler et institutionnaliser toutes les tentatives d’auto-organisation des masses.

Il est vrai également que jusqu’à présent, ces tentatives n’ont pas vraiment été couronnées de succès. Ainsi, dès les premières cooptations de dirigeants des cercles bolivariens par le gouvernement, ceux-ci ont commencé à se vider de leur substance6.

L’unité entre les travailleurs auto-organisés et les secteurs bureaucratiques est non seulement difficile, mais surtout peu souhaitable. Une nouvelle démonstration en a été faite à travers l’esclandre monté par les secteurs chavistes lors du dernier congrès de l’UNT (Union nationale des travailleurs, la nouvelle centrale syndicale), lorsqu’ils ont tenté d’empêcher qu’y soit élue une direction indépendante, et sont partis après avoir été mis en minorité.

Le troisième problème est celui de la constitution bolivarienne. Si pour des marxistes révolutionnaires il est exclu de défendre une constitution bourgeoise, leurs critiques de cette constitution, comme celles émanant d’autres secteurs révolutionnaires vénézuéliens, ne vont de toute façon pas dans le même sens que celles émises par l’entourage de Chávez.

Ce dernier a certes promis que les réformes constitutionnelles seraient soumises à référendum. Mais au vu des déclarations faites sur le consensus avec la bourgeoisie, il est plus que douteux qu’elles puissent poser les bases d’une société plus juste fondée sur l’abolition de la propriété privée des grands moyens de production, une réforme agraire et urbaine offrant la terre à ceux qui la travaillent et un toit pour tous les Vénézuéliens, le respect des droits des travailleurs, la révocabilité des mandats des gouverneurs, maires et députés qui trahissent leurs engagements. Tout à l’inverse, comme l’ont affirmé à plusieurs reprises Chávez et ses collaborateurs, l’idée est d’inclure dans la constitution la possibilité de la réélection pour un nombre de mandats illimité.


Jusqu’à quand les masses suivront-elles Chávez ?

Il y a un an, nous écrivions à propos de l’énorme abstention observée dans les élections législatives : « Sans tomber dans les provocations de l’impérialisme et de ses agents, les partis de droite, on est obligé de s’interroger sur le fait que l’abstention se soit élevée à 75 %. Autrement dit, que seul le noyau dur pro-Chávez soit allé voter. Même si des taux d’abstention élevés sont habituels au Venezuela, la question se pose : les travailleurs et les secteurs populaires ne sont-ils pas allés voter parce qu’ils étaient sûrs que Chávez gagnerait, ou parce que leur confiance dans les mécanismes de la démocratie bourgeoise afin de résoudre leurs problèmes s’est érodée, ou pour d’autres raisons ? »7

Ces élections présidentielles ont montré que si les masses vénézuéliennes ont confiance en Chávez, elles sont également conscientes qu’elles n’obtiendront rien sans mobilisation. C’est pourquoi il est douteux que le résultat puisse être interprété comme un chèque en blanc. Bien plutôt, c’est un à-valoir.

La majeure partie de la population d’Amérique Latine vit au bord du seuil de subsistance et le Venezuela n’est pas une exception. Il ne reste pas de marges pour étayer à long terme des espoirs réformistes. Si le processus révolutionnaire bolivarien n’avance pas rapidement dans le sens de mesures tendant réellement vers le socialisme, des phénomènes de désillusion ne tarderont pas à se manifester. Et l’on sait que derrière la désillusion s’ouvrent deux voies bien différentes : l’irruption des luttes à un niveau supérieur, ou la fatigue et la démoralisation. Toute la question est d’agir pour que les masses vénézuéliennes choisissent la première.

Virginia de la Siega




Les dettes de la révolution bolivarienne


S’il est vrai que le PIB a crû de 9,3 % en 2005 et que le résultat attendu pour 2006 est également de l’ordre de 9 %, il reste que cela est uniquement dû à la hausse des prix du pétrole (actuellement de plus de 50 dollars le baril).

Le Venezuela est ainsi toujours plus dépendant de son pétrole. Si le cours de cette matière première retombait à son niveau de 1999 (soit 7 dollars le baril), lorsque Chávez est arrivé au pouvoir, il s’ensuivrait une crise économique terrible. Le gouvernement prend à ce sujet un certain nombre de mesures. Selon le ministre de l’énergie, Rafael Ramírez, l’objectif à moyen terme est de faire en sorte que PDVSA (la société pétrolière nationale) puisse fonctionner de façon satisfaisante avec un prix du baril qui pourrait retomber jusqu’à 26 dollars. L’éventualité d’un prix inférieur n’est cependant pas envisagée.

Le niveau de vie s’est amélioré. Les accords avec l’Argentine, qui apporte ses compétences technologiques en matière agricole et d’élevage, pourraient aider à avancer vers « la souveraineté alimentaire » (le Venezuela importe aujourd’hui la majeure partie de sa nourriture). Et le gouvernement a déjà annoncé qu’il consacrerait 44 % du budget fédéral 2007 aux vingt missions qui répondent aux besoins des plus pauvres en matière de santé et d’éducation.

La situation générale de la population reste cependant très difficile. Selon les chiffres officiels, 39,7 % des Vénézuéliens se situent en dessous du niveau de pauvreté, et 12,9 % en dessous de celui de grande pauvreté. Le chômage, qui était de 23 % après la « grève pétrolière » organisée en 2003 par la bourgeoisie, est descendu à 8,9 % mais le véritable cancer que représente l’emploi « informel » demeure. D’après le ministère du travail, il n’a diminué que de 7 % entre 1999 et 2006 : 45,2 % des travailleurs vénézuéliens continuent de travailler au noir et/ou de vivre de petits boulots.

En septembre dernier, les Vénézuéliens bénéficiant d’un contrat de travail ont vu leurs salaires augmenter jusqu’à une moyenne de 512.350 bolivars, environ 180 euros. Mais cette injection de liquidités a généré une demande que l’industrie nationale n’a pu satisfaire, et qui a provoqué une hausse des prix des produits manufacturés qui sont principalement importés des Etats-Unis et de Colombie. Il s’en est suivi une inflation cumulée de 13,4 %, nettement au-delà des 10 % annuels prévus par le gouvernement, ce qui n’a pas manqué de provoquer de nouveaux problèmes.

L’inflation, la corruption rampante dans les sphères de la bureaucratie d’Etat, l’absence de solutions aux mille et une difficultés de la population la plus dépossédée sont des dettes que le gouvernement de Chávez a contractées auprès des travailleurs et des pauvres, ceux-là mêmes qui l’ont à nouveau réélu pour qu’il dirige la « révolution bolivarienne » vers le « socialisme du 21ème siècle ».

V. S.



Le soutien critique à Chávez : une politique électorale révolutionnaire


Face au processus de réélection de Chávez, trois politiques pouvaient être menées depuis le camp du mouvement ouvrier et populaire. 1) Le soutien inconditionnel, qui a logiquement été le choix des partis du régime, Mouvement V° République, PODEMOS et PPT, ainsi que de tous ceux qui sont « montés dans le porte-avions de Chávez ». 2) La position sectaire de quelques petits groupes qui, devant l’impossibilité de présenter un candidat d’opposition de gauche, ont oscillé entre le vote blanc et l’abstention. 3) Le vote critique de l’UPV (Union populaire du Venezuela) et de la C-CURA (Courant classiste, unitaire, révolutionnaire et autonome) de l’UNT (Union nationale des travailleurs), soutenus par le PRS (Parti de la révolution socialiste). C’est cette troisième orientation qui est présentée ici.


« Pour un Venezuela sans patrons ni bureaucrates ni corrompus »

C’est sous ce mot d’ordre que le 2ème congrès de l’UNT, tenu du 25 au 27 mai 2006 à Caracas, avait décidé de soutenir la réélection de Chávez. Le 21 septembre, Orlando Chirino et Rúben Linares, au nom de l’UNT, signaient sur cette base un accord électoral8 avec l’UPV, représentée par Lina Ron et Carmelo González. Le PRS, qui n’est pas encore reconnu légalement (et dont O. Chirino est l’un des principaux dirigeants), a soutenu ce front et participé à la rédaction du programme qu’il a défendu dans cette campagne.

Dans son journal Opción Socialista9, n° 8 de septembre 2006, le PRS résumait ainsi sa politique électorale : « Les travailleurs et le peuple voient le président Chávez comme le meilleur instrument pour la bataille (…) Le peuple sait qu’il vit mieux aujourd’hui grâce aux victoires et conquêtes sociales et démocratiques obtenues par sa mobilisation et ses luttes. Mais il est également conscient que ce qui a été arraché jusqu’à présent est peu de choses au regard des sacrifices qu’il a consentis pour défendre le processus révolutionnaire et le président Chávez (…)

« Mais tout comme nous reconnaissons l’immense confiance que le peuple a déposée en Chávez, nous ne pouvons pas ignorer une profonde contradiction. Le mécontentement de larges secteurs de travailleurs, de paysans, d’étudiants et de membres des communautés existe et se développe. Les critiques proviennent de secteurs fortement engagés dans le développement de la révolution, qui comprennent que leurs acquis sont importants, mais faibles comparés aux profits que continuent à faire les multinationales, les entrepreneurs locaux et les grands propriétaires fonciers. C’est pourquoi, en plus de lutter contre l’impérialisme et le putschisme, ils se rebellent aujourd’hui contre la bureaucratie, la corruption et descendent dans la rue pour exiger le règlement de l’énorme dette sociale accumulée, en s’adressant souvent au président Chávez lui-même pour qu’il s’occupe de leurs revendications et les satisfasse.

« Cette énorme contradiction a son explication. Malgré ses discours contre Bush et sur le socialisme du 21ème siècle, le gouvernement du président Chávez n’a jusqu’à présent rompu ni avec l’impérialisme ni avec le capitalisme. C’est pourquoi les maux congénitaux du capitalisme – chômage, bas salaires, manque de terres pour les paysans pauvres, bureaucratie et corruption – continue de sévir durement, en menaçant les conquêtes révolutionnaires obtenues par la population. Quant au gouvernement, il ne constitue naturellement pas une expression du pouvoir direct des travailleurs, des paysans et des secteurs les plus exploités de la population qui se sont mobilisés depuis 1989.

« Nous soutenons la réélection du président Chávez depuis la perspective de classe des travailleurs et avec un programme socialiste révolutionnaire. Mais nous disons également, depuis la place que nous avons gagnée en tant que révolutionnaires, que nous avons tout le droit de défendre la réélection du président d’un point de vue de classe, différent de celui des partis du Bloc du Changement, parce que nous sommes conscients qu’il manque toujours un véritable gouvernement direct des travailleurs et du peuple (…) et que l’on ne pourra avancer vers le socialisme que si l’on romp avec l’impérialisme et que l’on élimine le modèle capitaliste basé sur la propriété privée des entreprises, des banques, des terres, des ressources naturelles et sur l’exploitation du travail salarié. »

Dans le même esprit, le front UPV/C-CURA a donc soutenu la candidature de Chávez à partir de la constatation que celui-ci « représente l’espoir d’un peuple qui lutte pour une transformation sociale radicale, débouchant sur un nouveau modèle économique de justice sociale, et le considère comme son principal instrument dans la bataille contre l’impérialisme et l’opposition putschiste. »10

En signalant dans le même temps : « A travers ses luttes quotidiennes, le peuple montre qu’il ne veut pas de simples réformes laissant intactes les vieilles bases structurelles de l’Etat, du réfgime politique et du gouvernement, qui ne sont autres que celles du système capitaliste qui les écrase (…) Son expérience de ces années de révolution lui indique que pour atteindre ces objectifs, il doit ériger un nouvel appareil d’Etat, des institutions basées sur sa participation directe et active, avec de pleines libertés politiques, démocratiques et sociales ; un gouvernement qui soit la véritable expression des travailleurs, des secteurs populaires et de la paysannerie pauvre, sans présence d’exploiteurs capitalistes, de propriétaires terriens, de bureaucrates et de corrompus ; et un modèle économique fondé sur la propriété collective des moyens de production avec des formes de production communautaires et coopératives (…) La bureaucratie et la corruption sont des plaies qui ont infecté les partis politiques proches du président Chávez et les institutions deu gouvernement, menaçant de pervertir le processus révolutionnaire. »


Anticapitaliste et anti-impérialiste

Le programme de l’alliance électorale défendait notamment : le non-paiement de la dette extérieure ; la fin des exonérations fiscales des multinationales, des industriels et des grands propriétaires terriens ; l’utilisation des revenus pétroliers et de l’impôt au service des besoins de la population ; une augmentation générale des salaires ; un plan de construction de logements et d’infrastructures offrant un véritable travail aux chômeurs et permettant de résoudre le grave déficit d’habitations dans le pays ; le respect des droits des travailleurs ; la fin du système des entreprises mixtes public-privé ; une PDVSA 100 % propriété d’Etat sous cogestion (synonyme au Venezuela de contrôle) des travailleurs ; la réforme agraire ; le respect de l’autonomie de l’UNT face au gouvernement et à l’Etat ; la révocation des mandats des gouverneurs, maires, députés et conseillers locaux dont l’action n’a pas été conforme aux aspirations du peuple qui les a élus.

Le 29 novembre, devant la menace que des secteurs pro-impérialistes ne créent des troubles pendant le processus électoral, le PRS affirmait : « Nous ne devons donner aucun prétexte à Bush pour que ses acolytes à l’intérieur du pays tentent de le déstabiliser par des actions violentes s’opposant à la volonté populaire. Mais dans le cas où ils oseraient tenter une aventure de ce type, nous faisons nôtre la proposition du camarade Orlando Chirino, dirigeant de l’UNT et de la C-CURA : appeler les syndicats et les travailleurs à occuper les entreprises, à y prendre en main la production et à exiger du gouvernement leur expropriation ; appeler les paysans à s’emparer des terres, et les communautés populaires à contrôler leur territoire et s’emparer des bâtiments et installations des déstabilisateurs. »11

Le 4 décembre, le front UPV/C-CURA présentait le bilan qu’il tirait de ce scrutin : « malgré le mécontentement croissant contre les gouverneurs, les fonctionnaires et y compris le commando Miranda [structure organisatrice de la campagne de Chávez] (…) le peuple a renversé chaque obstacle et maintenu un objectif clair : il fallait voter pour Chávez afin de défendre notre processus révolutionnaire et défaire l’impérialisme également de cette façon (…) Cette nouvelle victoire populaire ouvre une nouvelle étape pour approfondir la révolution et avancer vers le socialisme. Par millions nous avons voté Chávez, mais en même temps nous voyons croître le bureaucratisme de secteurs gouvernementaux, la corruption dans une série de sphères, et l’absence de réponses à beaucoup de problèmes non résolus. De même que nous n’avons pas vacillé dans cette bataille électorale contre l’empire, nous n’hésiterons pas aujourd’hui sur ce plan (…)

« Des défis considérables et de grands débats nous attendent au cours de l’année qui vient. Les travailleurs sont las des agressions patronales. Nous lutterons pour en finir avec ce pouvoir capitaliste toujours existant, pour des améliorations salariales, pour de nouvelles conventions collectives, pour la sécurité sociale et une nouvelle loi sur les relations de travail qui reflète le poids de la révolution. Les paysans voudront avancer contre la grande propriété foncière et pour le droit à la terre. Les secteurs populaires voudront des solutions à leurs problèmes de logement, d’insécurité et aux autres fléaux qui les frappent (…)

« Tout peut être obtenu si le peuple bolivarien, de la même façon qu’il s’est mobilisé pour la réélection du président, conserve maintenant ce niveau de mobilisation pour toutes ses luttes. Un nouvelle étape s’ouvre dans le pays. Il faut davantage de pouvoir direct et populaire, plus de résolution et une main plus ferme pour se débarrasser de tous les bureaucrates qui voudront continuer à affaiblir le processus. Il faut un pouvoir de décision des organisations ouvrières, populaires et paysanne face à chaque question économique, politique et sociale. »12

V. S.

1 Les chavistes sont seuls au parlement après que l’opposition se soit retirée du processus électoral de 2005 pour tenter de le délégitimer.

2 Marta Harnecker, « Le Venezuela devant les élections présidentielles de décembre 2006 », Aporrea (www.aporrea.org), 20/11/2006.

3 Une des campagnes de Chávez a consisté à doter de papiers d’identité des milliers de personnes qui n’en avaient jamais eu. L’« abstention » traditionnelle parmi les secteurs populaires avait aussi pour cause cet état de fait, qui empêchait un grand nombre de pauvres de voter.

4 L’expression est utilisée par les masses vénézuéliennes pour désigner les bureaucrates et opportunistes qui pullulent dans les structures formelles et informelles de l’Etat, à partir desquelles ils profitent de la révolution bolivarienne.

5 « Comment la révolution bolivarienne va s’approfondir », Página 12, Buenos Aires, 05/12/2006.

6 Voir « Venezuela : un pays, trois points de vue », Avanti ! n°30 de décembre-janvier 2006.

7 Avanti ! n° 30, article cité.

8 Les partis et mouvements sociaux pouvaient intervenir dans la campagne électorale en faveur de l’un ou l’autre des deux candidats, sur la base de leur propre programme.

9 Voir le site du PRS, www.revolucionysocialismo.org.

10 « Pour un Venezuela socialiste, sans patrons ni bureaucrates ni corrompus », protocole d’unité électorale C-CURA / UPV, 21 septembre 2006.

Soulignons que la politique et toutes les formulations du PRS et du front UPV/C-CURA, si elles prennent en considération l’élément fondamental que constitue la confiance et les espoirs des masses envers Chávez, évitent soigneusement le piège qui consisterait à abonder dans ce sens. Un piège que n’a pas réussi à éviter le bureau exécutif de la Quatrième Internationale, dans sa résolution des 21-22 octobre 2006 affirmant que « malgré les limites de l’action gouvernementale en faveur des travailleurs et des secteurs les plus pauvres du Venezuela, malgré une structure étatique qui a son origine dans la démocratie bourgeoise, Chávez représente un soutien décisif pour la victoire du processus révolutionnaire vénézuélien ». De même eût-il été judicieux de ne pas créditer d’« intéressante » sa proposition de parti unique bolivarien (voir International Viewpoint, novembre 2006, www.internationalviewpoint.org).

11 « Pourquoi le peuple et les travailleurs doivent réélire le président Chávez », Miguel A. Hernández pour le comité national d’initiative du PRS, 29 novembre 2006.

12 « Cette nouvelle victoire populaire doit ouvrir une nouvelle étape pour approfondir la révolution et avancer vers le socialisme », Bureau de presse de l’UNT/C-CURA, Aporrea, 04/12/2006.