Venezuela : un pays, trois points de vue
La révolution bolivarienne et le mouvement de masse au Venezuela ont donné lieu récemment à un échange de points de vue dans la rubrique « Controverse » de Rouge. Dans « Le Venezuela en débat : “dépasser le capitalisme” ou rompre avec lui ? » (n° 2131 du 27 octobre 2005), Serge Godard a présenté une analyse, peut-être partagée par d’autres membres de son courant Démocratie révolutionnaire. A travers l’article « Venezuela : un processus révolutionnaire » (n° 2134 du 17 novembre 2005), Flavia Verri, François Sabado et Edouard Diago lui ont répondu en exposant ce « qui recouvre dans les grandes lignes la position de la LCR ».
Le processus en cours au Venezuela a effectivement une grande importance pour la situation et les luttes en Amérique Latine, comme plus généralement à l’échelle internationale1. Les camarades Verri, Sabado et Diago soulignent que « les révolutionnaires basent leurs analyses sur des faits matériels » : d’accord sur ce point avec eux, on tentera ici d’analyser ce processus de manière objective, pour aboutir à une caractérisation du régime chaviste fondée sur la réalité du pays – condition nécessaire afin de pouvoir proposer une politique correcte.
L’Etat de Chávez : quel Etat ?
Commençons par dire que l’on ne saisit pas très bien le sens de la polémique que le camarade Godard entend installer. Si le but est d’insister sur le fait que, contrairement à ce que prétend Chávez, le Venezuela n’est pas socialiste ni en voie de le devenir, c’est une évidence largement admise dans nos rangs. Il est juste d’alerter les révolutionnaires des dangers du suivisme envers un dirigeant bourgeois, tout réformiste et anti-impérialiste qu’il soit, mais on ne trouve nullement, dans l’article des camarades Verri, Sabado et Diago, l’affirmation absurde selon laquelle le Venezuela serait un pays socialiste. En ce sens, leur position reste dans le cadre de la résolution de février 2005 du comité international de la Quatrième Internationale, qui souligne le caractère partiel des ruptures avec l’ordre établi : « le Venezuela connaît un processus révolutionnaire caractérisé par des ruptures partielles avec l’ancien régime dans les domaines politique, économique et social ainsi qu’une rupture partielle avec l’impérialisme »2.
Le problème que pose l’article de ces camarades est autre : il réside dans le soutien politique qu’ils accordent au gouvernement de Chávez. Des erreurs théoriques les conduisent en effet à des conclusions politiques erronées. D’un côté, les camarades affirment que le gouvernement de Chávez est « réformiste conséquent », de l’autre, que « toutes ces réformes auraient été impossibles si le gouvernement ‘‘réformiste’’ s’était appuyé sur l’appareil d’Etat bourgeois. » Problème : si Chávez est un réformiste, il coule de source que c’est aussi un président bourgeois, quel que soit le degré de son réformisme et de son anti-impérialisme. La particularité de Chávez est que contrairement à Lula, Kirchner ou Tabaré Vázquez, pour ne citer que les derniers chefs d’Etat et de gouvernement « de gauche » élus en Amérique Latine3, il utilise l’Etat bourgeois à la tête duquel il se trouve, pour partie (seulement pour partie) en faveur des masses.
Il ne devrait pas y avoir de confusion possible : la constitution bolivarienne, ratifiée par une assemblée constituante, forme institutionnelle la plus élevée de la démocratie bourgeoise, est l’une des constitutions bourgeoises les plus avancées au monde. Sauf à l’occasion du coup d’Etat de 2002 (mis en échec par la mobilisation populaire), ce sont aussi des mécanismes de la démocratie bourgeoise qui ont permis le maintien de Chávez au pouvoir, les mêmes mécanismes venant de renforcer son pouvoir à la chambre des députés suite aux élections du 4 décembre 2005. La mobilisation de masse a provoqué une division de l’armée bourgeoise, faisant notamment échouer un coup d’Etat pro-impérialiste. Ce dernier fait n’invalide pas, mais souligne au contraire cette réalité que Chávez dirige un Etat bourgeois, qu’il ne dispose pour gouverner d’aucun appareil d’Etat autre que celui de la bourgeoisie, en particulier ses forces armées, dont il est issu.
De ce point de vue, les camarades auraient dû se rappeler la résolution citée de notre comité international, qui relève l’évidence que « le processus se déroule dans le respect des institutions démocratiques bourgeoises. Malgré les efforts et tentatives de transformer l’Etat, les institutions restent marquées par des pratiques clientélistes et de corruption qui entravent les politiques décidées par le gouvernement. »
Une vieille connaissance : le « bonapartisme sui generis »
L’erreur serait excusable s’il n’y avait jamais eu, en Amérique Latine ni dans d’autres parties du monde, de régimes et gouvernements similaires à ceux de Chávez. Mais tel n’est pas le cas. Cela a même été un phénomène assez courant dans les pays qui, après la Deuxième Guerre mondiale, ont tenté de s’extraire de leur statut semi-colonial. Nasser en Egypte, Perón en Argentine, Sukarno en Indonésie, Velasco Alvarado au Pérou, Torres en Bolivie ont offert des exemples de gouvernements bourgeois s’appuyant sur la mobilisation ouvrière et/ou populaire pour s’opposer à l’impérialisme, fondamentalement dans le but de défendre la possibilité d’un développement capitaliste de leur pays. Tous ces gouvernements ont tenté à divers niveaux de mener à bien des tâches démocratiques-bourgeoises (réforme agraire, nationalisation de l’industrie, des ressources naturelles et des banques) sans franchir les limites du régime capitaliste. Et ils y ont tous échoué.
Dans son article de 1938 « L’industrie nationalisée et la gestion ouvrière », Léon Trotsky écrivait à propos de Lázaro Cárdenas, le président du Mexique qui avait nationalisé le pétrole et les chemins de fer, distribué aux paysans pauvres 12 millions d’hectares de terres, et était allé jusqu’à appeler les syndicats à administrer les entreprises nationalisées :
« Dans les pays industriellement arriérés, le capital étranger joue un rôle décisif. D’où la faiblesse relative de la bourgeoisie nationale par rapport au prolétariat national [souligné par l’auteur]. Ceci crée des conditions particulières du pouvoir d’Etat. Le gouvernement louvoie entre le capital étranger et le capital indigène, entre la faible bourgeoisie nationale et le prolétariat relativement puissant. Cela confère au gouvernement un caractère bonapartiste sui generis particulier. Il s’élève pour ainsi dire au-dessus des classes. En réalité, il peut gouverner, soit en se faisant l’instrument du capital étranger et en maintenant le prolétariat dans les chaînes d’une dictature policière, soit en manœuvrant avec le prolétariat et en allant même jusqu’à lui faire des concessions et conquérir ainsi la possibilité de jouir d’une certaine liberté à l’égard des capitalistes étrangers. La politique actuelle du gouvernement [de Lázaro Cárdenas, NdlR] en est au second stade : ses plus grandes conquêtes sont les expropriations des chemins de fer et de l’industrie pétrolière. »4
Cette description pourrait être transposée presque mot pour mot à Chávez, président d’un pays pétrolier dépendant, qui « louvoie » en s’appuyant sur la mobilisation ouvrière et populaire ainsi que sur un secteur de l’armée, lesquels l’ont amené au pouvoir et défendu face aux tentatives putschistes de la bourgeoisie pro-impérialiste. Son objectif est de porter le Venezuela à un stade supérieur de développement capitaliste, ce qui implique de négocier avec l’impérialisme dans le meilleur rapport de forces possible. Le moyen utilisé est de faire des concessions aux masses pour s’assurer leur soutien, mais Chávez s’efforce dans le même temps d’éviter qu’elles ne s’auto-organisent de façon indépendante, puisque, comme tout bonaparte qui se respecte, c’est lui qui en dernière instance arbitre l’ensemble des disputes au sein de son camp. De 19465 à nos jours, les trotskystes ont défini ce type de gouvernement comme « bonapartiste sui generis ».
La particularité du cas Chávez tient au contexte international. Sauf celui de Cárdenas, les précédents gouvernements bonapartistes sui generis avaient vu le jour à l’époque des Trente Glorieuses. Chávez, en revanche, mène une telle tentative dans une étape de décadence et dégénérescence du capitalisme. Mais il ne reste pas moins que ses caractéristiques générales sont similaires à celles décrites par Trotsky.
« Expropriation » ?
Les camarades Verri, Sabado et Diago citent, comme illustration du caractère positif de la politique de Chávez, les expropriations de terres non productives et d’usines abandonnées par leurs propriétaires. « Plusieurs entreprises ont été expropriées, ‘‘sans rachat ni indemnités’’, et confiées en gestion à des coopératives ouvrières. C’est une incursion sérieuse dans le principe de la propriété privée ! », affirment-ils.
On a déjà vu que l’expropriation de terres et même la nationalisation de secteurs industriels n’ont rien d’exceptionnel sous des régimes de ce type. Cárdenas, Perón et Nasser l’ont fait, pour n’en citer que quelques-uns. Voici ce que Trotsky en disait, dans l’article déjà cité :
« Ces mesures sont intégralement du domaine du capitalisme d’Etat. Toutefois, dans un pays semi-colonial, le capitalisme d’Etat se trouve sous la lourde pression du capital privé étranger et de ses gouvernements, et il ne peut se maintenir sans le soutien actif des travailleurs. C’est pourquoi il s’efforce, sans laisser glisser de ses mains le pouvoir réel, de placer sur les organisations ouvrières une partie importante de la responsabilité pour la marche de la production dans les branches nationalisées de l’industrie. »
En aucune manière Trotsky ne considérait donc que « placer sur les organisations ouvrières une partie importante de la responsabilité pour la marche de la production dans les branches nationalisées de l’industrie » (soulignons : des branches entières de l’industrie, et non des entreprises isolées abandonnées par leurs propriétaires parce qu’en faillite) représenterait « une incursion sérieuse dans le principe de la propriété privée ! » Pour lui, il s’agissait seulement d’un instrument politique typique d’un gouvernement bourgeois d’un pays économiquement arriéré, qui a besoin des masses pour s’affronter à l’impérialisme ainsi qu’aux secteurs dominants de sa propre classe bourgeoise, liée à l’impérialisme par une relation de dépendance et de sujétion.
Par ailleurs, le fonctionnement d’usines sous contrôle ouvrier ne constitue nullement une nouveauté chaviste. C’est en Amérique Latine une expérience qui remonte à des années. Le mouvement des usines « récupérées » y a été une conséquence de la crise à laquelle ont conduit les politiques libérales du « consensus de Washington », les destructions en chaîne d’industries nationales poussant les travailleurs à occuper les usines et assurer leur production pour sauver leurs postes de travail. En Argentine, ce mouvement a près de dix ans : il a commencé sous le gouvernement Menem, que personne ne s’aventurerait à qualifier de réformiste anti-impérialiste ! Aujourd’hui, près de 170 usines récupérées fonctionnent dans ce pays, une quarantaine en Uruguay et environ 200 au Brésil.
Les facilités de crédit octroyées par les organismes financiers ad hoc créés par le gouvernement Chávez aident probablement les travailleurs à surmonter certains des sérieux problèmes que ces expériences d’autogestion rencontrent dans d’autres pays : manque de capitaux, endettement chronique, etc. Il reste que ce type d’expropriation, qui n’a rien d’inédit sur le continent latino-américain, ne suffit pas pour délivrer à quelque gouvernement que ce soit un brevet d’anticapitalisme. Un test un peu plus significatif serait peut-être la réaction de Chávez devant une mobilisation de masse qui exigerait de lui le même type de mesure que celle que Cárdenas avait appliquée dans le Mexique de 1938 : la mise sous contrôle syndical de PDVSA, la société pétrolière nationale…
Un réformiste avec réformes
S’agissant des programmes et réformes sociales, la résolution du comité international signale que « le développement ces dernières années de programmes très significatifs, le service public de santé, la campagne d’alphabétisation et de retour aux études, la priorité donnée à la constitution de coopératives, la réforme agraire et la réforme de la pêche constituent des signes importants de la priorité sociale que véhicule ce processus. »
Effectivement, personne ne peut raisonnablement prétendre que, dans ce monde de réformistes sans réformes, Chávez ne soit pas en train de mener une tentative d’améliorer par des réformes les conditions d’existence des classes populaires.
La loi sur les terres a ainsi pour double objectif de distribuer aux paysans des terres non productives (dont 60 % sont propriété de l’Etat) et de pallier le problème sérieux constitué par le fait que le Venezuela soit très fortement importateur net de produits alimentaires. Chávez a affirmé que selon les chiffres du dernier recensement foncier, « moins de 5 % des propriétaires ou occupants des terres en possèdent, ou sont supposés en posséder, environ 80 %, tandis que 75 % des propriétaires ou occupants possèdent à peine 6 % du total des terres du pays. » A travers les « cartes agraires », le gouvernement a procédé à la distribution de plus d’un million d’hectares en 2003, ce chiffre ayant atteint 1,8 million en 2004.
L’application de la réforme urbaine et de la loi sur la pêche apporte également des améliorations. La loi sur les hydrocarbures a stoppé le processus de privatisation de PDVSA et, avec lui, la tentative de la bourgeoisie pro-impérialiste de réduire encore davantage la part des ressources des exportations pétrolières destinée à l’Etat vénézuélien.
L’un des problèmes les plus graves du Venezuela est que, résultat d’un développement déséquilibré qui a dépeuplé les campagnes, il doit importer 70 % de sa nourriture. Cela crée de sérieuses difficultés, notamment lors de chaque dévaluation qui en renchérit directement le prix. Chávez a mis en place deux types de parades. L’une, à court terme, est l’installation de supermarchés subventionnés ; entre 35 et 40 % de la population y achète aujourd’hui ses aliments. L’autre, à plus long terme, consiste en un programme de politiques agricoles publiques basé sur le développement de la productivité et des infrastructures, ainsi que sur des mesures de développement culturel et social. Selon Gregory Wilpert, « il n’y avait au Venezuela que 800 coopératives lorsque Chávez est arrivé au pouvoir. On estime qu’il y en a aujourd’hui quelque 40.000, cinquante fois plus »6.
Les « micro-entreprises », « micro-crédits » et « banques des pauvres » entrent dans le cadre de ce que Chávez appelle « l’économie sociale », bâtie sur le modèle de la banque Grameen du Bangladesh. De telles mesures ne sont évidemment pas révolutionnaires : la Banque Mondiale en recommande l’application depuis des années afin de pallier la pauvreté dans le tiers-monde et de libérer les institutions financières « sérieuses » de la charge que représente le risque de non-recouvrement des crédits. Les petites entreprises et coopératives reçoivent des crédits promotionnels d’institutions créées à cet effet par le gouvernement. Les organismes publics qui aident la micro-entreprise sont financés par l’Etat à travers son propre endettement ainsi que ses revenus pétroliers.
L’une des conséquences des politiques du consensus de Washington est que le niveau éducatif de la majorité de la population, y compris dans ses couches moyennes, a constamment reculé. En 1998, le taux moyen de scolarisation était de 59 %, l’éducation ne recevant que 2,8 % du PIB. Les analphabètes étaient au nombre d’un million et demi (6,8 % de la population), la majorité des enfants n’avait pas accès à l’école maternelle, plus de deux millions n’achevaient pas l’école primaire, deux millions n’avaient pas la possibilité de finir le secondaire (au total, 80 % des enfants entrés en primaire ne parvenaient pas au terme des études secondaires) et 500.000 étudiants ne pouvaient accéder à l’enseignement supérieur, privilège d’une minorité.
La décision de ne laisser aucun enfant en dehors de l’école a conduit à scolariser un million d’élèves supplémentaires en primaire, où tous bénéficient désormais d’une alimentation gratuite. C’est en juillet 2003 qu’a débuté le programme éducatif « mission Robinson 1 ». Son application, en combinaison avec les politiques menées en termes de bourses, de distribution de terres, etc., a fait baisser le pourcentage de l’analphabétisme à 2 % de la population7. La « mission Robinson 2 » a maintenant pour objectif d’amener à un niveau de fin d’études primaires un million et demi de personnes qui ont appris les bases de la lecture et de l’écriture.
L’autre point fort du gouvernement chaviste est la santé. La Constitution bolivarienne établit que le système de santé est fondé sur les principes de « gratuité, universalité, intégralité, équité, intégration sociale et solidarité », que son financement « est une obligation de l’Etat » et que « toute personne a droit à la sécurité sociale comme service public non lucratif ». Des millions de Vénézuéliens pauvres bénéficient pour la première fois de leur vie de soins médicaux gratuits.
Et pourtant, la pauvreté s’accroît
Selon le parlement vénézuélien, le budget de l’Etat augmentera en 2006 de 27 %, grâce à une croissance de 5 % du PIB. C’est une bonne nouvelle puisqu’en 2002 et en 2003, l’une des conséquences de la contre-offensive de la bourgeoisie vénézuélienne et de l’impérialisme avait été une période de récession. Le retour à un fonctionnement plus normal de l’économie a contribué à la reprise de 2004, mais la principale raison de la croissance est la hausse des prix du pétrole.
Estimés à 32 milliards de dollars, les revenus pétroliers assurent l’essentiel des exportations et une proportion très élevée des ressources fiscales. Les affrontements avec l’opposition de droite à propos du vote du budget tournent précisément autour de leur affectation. Le gouvernement a décidé d’augmenter de 80 % les fonds destinés à la santé, à l’éducation et au sport – représentant au total 40 % des dépenses – en les finançant à 47 % par affectation de revenus du pétrole.
Néanmoins, selon les chiffres de l’Institut national des statistiques du Venezuela, le nombre des pauvres est passé de 42,8 % de la population au premier semestre 1999, lorsque Chávez a accédé au pouvoir, à 53 % fin 2004. Et dans le même temps, l’état de très grande pauvreté est passé de 16,6 à 25% de la population !
L’une des raisons en est le chômage. Si son taux officiel a baissé entre février 2004, quand il touchait deux millions de personnes soit 17,1 % de la population active, et mars 2005 où il était descendu à 14 %, il reste que la majorité des vénézuéliens – 47,6 % de la population active en février 2005 – ne trouve à s’employer que dans le secteur informel de l’économie (vendeurs ambulants, employés domestiques, etc.), où le droit du travail est sans effet. Une autre raison en est la politique de dévaluation du bolivar qui renchérit les prix de l’alimentation et érode le pouvoir d’achat de tous ceux – l’immense majorité – qui n’ont pas accès à des dollars8.
Selon le Groupe de la Banque mondiale pour le Venezuela, « le pourcentage des vénézuéliens vivant dans des conditions de pauvreté (avec un revenu familial inférieur à deux dollars par jour) est passé de 32,2 % en 1991 à 48,5 % en 2000, tandis que la très grande pauvreté (moins de un dollar par jour) a crû dans la même période de 11,8 à 23,5 %. Les inégalités se sont aggravées de façon concomitante : les 20 % les plus riches touchent 53 % des revenus, tandis que les 20 % les plus pauvres n’en reçoivent que 3 % ». Entre les deux subsiste la masse de ceux qui sont montés dans le train de Chávez en espérant que leur situation changera, mais qui commencent à douter.
Les apologues de Chávez affirment que la situation économique des pauvres n’est pas mesurable du point de vue de leurs revenus. Ils se basent sur l’évolution de l’indice de développement humain pour affirmer que ce qui importe est que la richesse pétrolière soit désormais utilisée afin de permettre aux pauvres d’avoir accès aux soins, à l’éducation et à la terre. Ce n’est pas totalement faux – même si l’existence de programmes sociaux de l’Etat ne saurait évacuer le droit à un salaire ou revenu digne.
De toute façon, un sérieux problème réside dans le fait que ces concessions se basent sur un endettement croissant de l’Etat, ainsi que sur le facteur extrêmement aléatoire que constitue le prix élevé du baril du pétrole. Combien de temps cela durera-t-il ? Que se passera-t-il en cas de baisse des prix du pétrole ? Sans parler des accusations de corruption et de détournements des fonds des plans sociaux, qui sont courantes à l’intérieur même des rangs chavistes.
La dette publique du Venezuela
Voyons maintenant la question de l’endettement de l’Etat. Le camarade Godard a raison de signaler que la dette extérieure du Venezuela, comme celle de tous les pays dépendants, est « frauduleuse et illégitime », mais il se trompe quand il affirme qu’elle « avoisine les 40 % du PIB ». Non seulement cette dette est nettement moins importante que dans d’autres pays d’Amérique Latine9, mais en tant que pays pétrolier, le Venezuela ne subit pas du tout le même type de pressions de la part du FMI. S’y ajoute le fait que Chávez a utilisé des fonds de PDVSA pour rembourser de façon anticipée 2,5 milliards de dollars du capital de cette dette.
Ce qui atteint près de 40 %, très exactement 39,6 % du PIB, c’est la dette publique, somme de l’endettement externe et interne de l’Etat. Fin 2005, le solde de la dette interne, c’est-à-dire des emprunts contractés par l’Etat sur les marchés financiers intérieurs, s’était accru de 27 % en un an pour se situer à 13,023 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter 610 millions émis en devise nationale.
Autrement dit, l’Etat vénézuélien finance ses programmes sociaux par un fort accroissement de sa dette intérieure. On n’entrera pas ici dans la question de savoir si, compte tenu de la présence dans le pays de multinationales financières, une part de cette dette intérieure ne correspond pas en réalité à une dette extérieure. Ce qui est dans tous les cas incontestable, c’est que le développement des programmes sociaux se fait non seulement au prix d’un accroissement de la dette publique, mais qu’il apporte des profits substantiels aux institutions financières privées du Venezuela.
L’avant-garde sociale de la révolution bolivarienne
La résolution de février dernier du comité international indique à juste titre que « la mobilisation populaire est l’élément décisif qui a permis ces ruptures politiques : soit en battant le coup d’Etat du mois d’avril 2002, soit par l’organisation populaire à la base sans laquelle les opérations sociales (éducation, santé, logement, eau ...) n’auraient pas eu lieu. »
A ce propos, il est nécessaire de défaire des mythes plus ou moins enracinés en France. L’un d’entre eux concerne les « cercles bolivariens ». Ces cercles dont l’intervention massive a fait échouer le coup d’Etat de 2002 étaient et (pour ceux qui subsistent) restent des organismes trans-classes. Avant le coup d’Etat, il y en avait de vingt à trente mille dans tout le pays. En novembre 2003, leur nombre était monté à 90.000, avec une moyenne de sept militants par cercle. Un an plus tard, il n’en restait plus que 8.00010.
Que s’est-il passé ? Il s’agissait d’organismes socialement hétérogènes, regroupant des membres de droite et de gauche, des réformistes, des réactionnaires et des révolutionnaires. Ils ont joué un rôle progressiste en développant dans la population une conscience anti-impérialiste, mais sont rapidement tombés, victimes de leurs faiblesses. Beaucoup se sont bureaucratisés, un nombre significatif de leurs membres s’intégrant à l’Etat en tant que fonctionnaires.
Leur place a été occupée par une nouvelle avant-garde sociale, surgie à partir de 2003. Modesto Guerrero relève que si le processus en cours au Venezuela se caractérise par un trait surprenant et encourageant, c’est « l’émergence et la rénovation constante de sa base sociale militante [qui] expriment à l’échelle nationale les tendances des générations militantes de la fin du 20ème et du début du 21ème siècle (…) Ces mouvements combinent la créativité, la détermination et le dynamisme du nouveau avec l’immaturité au niveau du programme, de la tradition et de la théorie. »
En création et recréation permanente, les mouvements sociaux « d’avant-garde » se comptent par centaines. Il peut s’agir d’organisations de classe – Union nationale des travailleurs (UNT, la nouvelle centrale syndicale indépendante) et Force bolivarienne des travailleurs (FBT) – comme d’organismes d’origine gouvernementale (cas des « missions sociales »), de fronts régionaux, de divers types de comités ou réseaux, d’assemblées de quartiers, de collectifs de base, de coopératives… Ils ont mûri politiquement après l’échec du coup d’Etat de 2002, puis singulièrement entre décembre 2003 et février 2004, lorsque la réaction qui tentait de paralyser l’industrie pétrolière a été physiquement défaite. C’est au même moment qu’avec la constitution de l’UNT, le mouvement ouvrier est apparu dans le processus révolutionnaire en tant qu’acteur indépendant.
Il est certain que la création en 2003 des « missions sociales » a encouragé le développement des mouvements sociaux, mais le plus significatif d’un point de vue politique est que beaucoup d’entre eux sont parvenus à la conclusion que ce processus ne pourra avancer sans leur participation active, et qu’ils commencent à se poser la question du pouvoir. Le débat sur le socialisme est installé parmi eux et porté par eux en direction des masses. En proclamant le « socialisme du 21ème siècle », Chávez n’a fait que légaliser et populariser une discussion déjà existante. M. Guerrero souligne – dans son article cité ci-dessus – que sans ces mouvements sociaux, qui ont joué un rôle clé pour la victoire du Non dans le référendum révocatoire de 2004, « la révolution bolivarienne se viderait de son contenu ». Il ajoute que « les politiques centrales proposées par le gouvernement du président Chávez n’auraient pas d’avenir social sans l’existence et l’action militante de cette ‘‘avant-garde’’ de puissants mouvements de base ».
On voit à nouveau s’exprimer le rapport contradictoire entre un régime bonapartiste sui generis et les masses qui constituent sa base de soutien, la tension permanente entre le besoin pour le régime de contrôler les masses – en cooptant et en bureaucratisant, comme il l’a fait avec les cercles bolivariens – et l’énorme force créative d’un mouvement qui, jusqu’à présent, ne s’est pas laissé dompter.
Chávez : un allié ?
Il n’est certes pas évident d’essayer de comprendre depuis un pays impérialiste la réalité vécue par les masses vénézuéliennes. Le risque existe de tomber dans une position sectaire, comme le camarade Godard pour lequel peu importent les concessions obtenues, puisque tout cela ne fait que « détourner aujourd’hui la combativité des masses de la lutte pour le pouvoir ». On ne peut s’empêcher d’imaginer la tête que ferait, devant ce type d’affirmation, n’importe lequel de ces millions de vénézuéliens pauvres qui peuvent désormais envoyer leurs enfants à l’école, en sachant en outre qu’ils y mangeront au moins une fois par jour, ou encore être soignés en cas de maladie…
Mais il y a aussi un autre danger : celui de magnifier ces concessions en répondant, à l’instar des camarades Verri, Sabado et Diago, que « Chávez ne détourne pas la combativité des masses », « Chávez est aujourd’hui un allié ».
Lorsque l’on mène une guerre, comme c’est le cas des révolutionnaires dans leur lutte contre le capitalisme et pour le socialisme, il est bon de savoir sur qui on peut compter en tant qu’allié et sur qui on ne peut pas compter. Les camarades nous disent que Chávez est un allié, mais ils ne nous disent pas de qui. Il faut donc le leur demander.
Allié de notre organisation ? Les choses seraient peut-être plus claires si les camarades précisaient contre qui et en quoi exactement.
Allié des masses vénézuéliennes ? Si l’on suit les analyses traditionnelles de notre mouvement, on peut considérer que c’est leur « allié » dans une certaine mesure, jusqu’à un certain point, comme tout gouvernement bonapartiste sui generis qui a besoin de leur soutien pour appliquer ses plans.
Allié des peuples latino-américains dans leur combat contre l’impérialisme ? Ce serait déjà plus douteux. Chávez utilise une partie de ses revenus pétroliers pour acheter des titres de la dette extérieure de certains pays latino-américains (l’Argentine, par exemple), fournit du pétrole à Cuba en échange d’une aide médicale et éducative, et s’efforce de tisser des liens avec les autres gouvernements pour résister à l’offensive que signifie la « seconde colonisation » du continent. Fort bien, mais il reste que dans le même temps, il utilise son poids et son influence pour freiner les processus de mobilisation indépendante qui menacent de sortir des cadres de l’ordre bourgeois. Pendant le dernier soulèvement en Bolivie11, ses appels téléphoniques à Evo Morales ont convaincu celui-ci d’accepter les conditions posées par la bourgeoisie bolivienne et aidé à canaliser une fois de plus la rébellion populaire dans la voie de la démocratie bourgeoise.
Ce dont on peut être certain, c’est que Chávez n’est pas un allié du peuple de France dans sa lutte contre son propre impérialisme, aujourd’hui personnifié par Chirac, Villepin et Sarkozy. Il est hautement improbable que ses déclarations de soutien au gouvernement français contre la révolte des banlieues aient constitué une réaction « tactique » destinée à ne pas ouvrir un nouveau front d’opposition… Et nous sommes d’accord avec la lettre de protestation que le camarade Diago a envoyée à ce sujet, au nom de la LCR, au vice-ministre vénézuélien des relations extérieures, Delphy Rodríguez.
Affirmer sans autre précision que Chávez serait un allié est, au minimum, aventureux. Prendre comme allié inconditionnel un dirigeant bourgeois est quelque chose qui en Amérique Latine a déjà coûté beaucoup de sang. Aucun dirigeant bourgeois ne peut en effet être conséquent dans le combat anti-impérialiste – du moins aucun ne l’a-t-il encore été et Chávez ne l’a-t-il pas, jusqu’à présent, démontré.
S’il est un allié inconditionnel des révolutionnaires, ce ne peut être que les masses vénézuéliennes. Ce sont elles qui, n’ayant pas quitté le devant de la scène depuis l’insurrection populaire du Caracazo en 1989, ont jusqu’à présent sauvé la révolution bolivarienne, non en s’appuyant sur Chávez mais lui permettant de s’appuyer sur elles pour accéder au pouvoir, puis en empêchant qu’il ne soit renversé.
L’avenir de la révolution bolivarienne
« L’enjeu des prochains mois (…) est que la classe ouvrière puisse se doter d’une organisation pleinement indépendante de la bourgeoisie », écrit le camarade Godard. A cette affirmation juste mais pour le moins abstraite car tout le problème est comment, les camarades Verri, Sabado et Diago répondent : « alors oui, une organisation entièrement indépendante de la bourgeoisie est nécessaire pour radicaliser le cours de la révolution à l’œuvre au Venezuela…Cette organisation ne se construira pas à l’étape actuelle du processus, en extériorité à la révolution bolivarienne, encore moins en rupture avec cette dernière. »
On ne pourrait qu’être d’accord, si juste avant les camarades n’avaient pas explicité ainsi leur position : « nulle situation politique sur la planète n’est plus favorable aux révolutionnaires que celle du Venezuela. Pour la faire fructifier, nous devons nous insérer le plus profondément possible dans la révolution bolivarienne, faire émerger ses contradictions concrètes pour en faire des éléments de lutte des secteurs les plus radicalisés au Venezuela. Dire cela, c’est rejoindre dans la pratique des mouvements qui se situent au cœur de la révolution bolivarienne et défendent une issue socialiste, démocratique, anti-impérialiste : le Mouvement du 13 avril (…) le Courant marxiste bolivarien…»
Il y a ici un problème d’ambiguïté grammaticale : qui sont ces « nous » qui devraient « [s’]insérer dans la révolution bolivarienne » ? Les militants de la LCR, c’est-à-dire des membres d’une organisation située aux antipodes ? Les révolutionnaires du monde entier ? La Quatrième Internationale ? Ou bien les camarades s’adresseraient-ils de cette façon aux masses vénézuéliennes, en s’y incluant par effet de style ? Etrange. Mais ce n’est pas le plus important, qui concerne le fond politique.
En tant que marxistes révolutionnaires, nous sommes pour l’auto-organisation des masses ouvrières et populaires sur des bases d’indépendance de classe. C’est pourquoi il est surprenant que face à un processus révolutionnaire ayant démontré une telle vitalité et créativité, et dans lequel les masses commencent à débattre de la question du socialisme et du pouvoir, les camarades n’avancent pas plutôt quelque chose comme : « la tâche de tout révolutionnaire au Venezuela est de s’insérer et intervenir à fond dans les nouvelles organisations de cette avant-garde de masse afin d’aider à les développer, consolider et coordonner au niveau régional et national, en favorisant ainsi le surgissement d’un mouvement ouvrier et populaire indépendant, capable de mener à la prise du pouvoir par le prolétariat, ouvrant la voie au socialisme ».
Mais non : devant l’éclosion de mille et une instances de base dans lesquelles les masses s’auto-organisent, en secouant le joug des vieilles structures de la partitocratie d’une gauche en faillite, il est conseillé aux travailleurs vénézuéliens… d’entrer dans deux organisations politiques déterminées : la première (Mouvement du 13 avril), définie comme une « coordination communiste libertaire » ayant pour mérite de « [gérer] des centres d’accueil et [apporter] son appui logistique aux indigènes combattant l’exploitation du charbon » ; l’autre (Courant marxiste bolivarien), sans définition politique précise, en signalant qu’elle « dispute des espaces de pouvoir aux bureaucrates et (…) met en place des procédures participatives pour les travaux publics de Caracas, en en faisant des embryons de structures autonomes des institutions »…
Heureusement que les masses vénézuéliennes ne reçoivent pas Rouge ni le plus souvent ne lisent le français ! Elles pourront ainsi continuer à créer leurs organisations de base, en tissant leurs propres liens et réseaux et en menant de façon générale leur expérience révolutionnaire. Malheureusement, il leur faudra pour l’instant le faire sans le concours d’un parti révolutionnaire. S’il parvient à maintenir son cap, sans tomber dans l’opportunisme suiviste de Chávez ni à l’opposé dans le sectarisme, le PRS pourra en constituer l’embryon. Ses liens directs avec l’UNT, la bataille qu’il mène afin de préserver son indépendance vis-à-vis de l’appareil chaviste, constituent de puissants atouts dans ce sens.
Quelle est, dans cette situation, la tâche des révolutionnaires dans le monde ? On peut se référer à nouveau à ce que Trotsky écrivait de l’attitude à adopter face aux attaques contre le gouvernement de Cárdenas au Mexique : « Le prolétariat international n’a aucune raison d’identifier son programme avec le programme du gouvernement mexicain. Les révolutionnaires n’ont nul besoin de changer de couleur (…) La cause du Mexique, comme la cause de l’Espagne, comme la cause de la Chine, est la cause de la classe ouvrière internationale. La lutte autour du pétrole mexicain n’est qu’une des escarmouches de la ligne avancée des batailles à venir entre les oppresseurs et les opprimés. »12
Notre rôle, le rôle de la LCR est de défendre la cause du Venezuela et du peuple vénézuélien comme la cause de la classe ouvrière internationale et de l’ensemble des peuples opprimés par l’impérialisme. Notre cause, et en même temps notre alliance.
Quant à Chávez, il est vrai qu’il s’affirme révolutionnaire et qu’il s’est gagné la haine de la bourgeoisie vénézuélienne et de son patron, l’impérialisme US, du fait des réformes qu’il a introduites en faveur des plus pauvres. Mais il est tout aussi vrai qu’au-delà de l’affectation de la rente pétrolière il n’a pas modifié la répartition des richesses13, et que les institutions politiques qu’il a démocratisées restent des institutions d’une république bourgeoise.
Ses mesures en faveur d’une « économie sociale » – qui ne vont cependant pas au-delà des préconisations de la Banque mondiale –, la cogestion et les créations de coopératives ne pourraient annoncer une voie nouvelle vers le socialisme que si des mesures d’expropriation de la bourgeoisie permettaient d’engager une réorganisation globale et radicale de l’économie.
Après les élections du 4 décembre 2005, alors que son contrôle de l’appareil d’Etat est désormais absolu, et que l’opposition complètement désarticulée n’a même pas osé participer au scrutin pour ne pas se couvrir de ridicule, s’il veut vraiment faire la révolution « d’en haut » il ne lui reste plus beaucoup d’excuses. Quoi qu’il en soit, le résultat de ces élections appelle l’attention. Sans tomber dans les provocations de l’impérialisme et de ses agents, les partis de droite, on est obligé de s’interroger sur le fait que l’abstention se soit élevée à 75 %. Autrement dit, que seul le noyau dur pro-Chávez soit allé voter. Même si des taux d’abstention élevés sont habituels au Venezuela, la question se pose : les travailleurs et les secteurs populaires ne sont-ils pas allés voter parce qu’ils étaient sûrs que Chávez gagnerait, ou parce que leur confiance dans les mécanismes de la démocratie bourgeoise afin de résoudre leurs problèmes s’est érodée, ou pour d’autres raisons ? Beaucoup de ce qu’il va maintenant se passer dépendra de la réponse qu’apporteront les masses vénézuéliennes.
A nous de soutenir leurs efforts, sans chercher d’improbables raccourcis et en nous souvenant que « pour les marxistes, il ne s’agit pas de construire le socialisme des mains de la bourgeoisie, mais d’utiliser les situations qui se présentent dans le cadre du capitalisme d’Etat et de faire progresser le mouvement révolutionnaire des ouvriers »14. C’est le chemin le plus long et difficile, mais nous savons que l’objectif qui se trouve au bout est le seul qui vaille la peine.
Virginia de la Siega
1 Avanti ! s’y est référé à plusieurs reprises. Voir les articles, textes et documents des numéros 17 (septembre-octobre 2004), 23 (avril 2005) et 24 (mai 2005), ainsi que la rubrique « textes » de notre site.
2 Inprecor n° 504 (avril 2005).
3 Respectivement au Brésil, en Argentine et en Uruguay. Il est encore trop tôt pour caractériser l’action d’Evo Morales, tout récemment élu en Bolivie, quoique tout indique qu’il ne compte pas s’inscrire dans une ligne « à la Chávez », mais bien plutôt « style Lula »…
4 Œuvres, Tome 18 (juin 1938 / septembre 1938), page 118, Institut Léon Trotsky, Paris, 1984.
5 Date de la découverte par Joseph Hansen de cet article de Trotsky, précédemment inédit.
6 « La lutte du Venezuela contre la pauvreté », ZNet, janvier 2004.
7 Selon les chiffres communiqués à l’Unesco par le gouvernement vénézuélien.
8 Voir notamment à ce sujet, dans Avanti ! n° 24, la « Déclaration du Premier Mai 2005 » de l’OIR (Option de gauche révolutionnaire), l’une des composantes fondatrices du nouveau Parti de la révolution et du socialisme (PRS).
9 D’après le ministre des finances, Nelson Merentes, le total de la dette extérieure était de 26,416 milliards de dollars en 2005, et son service représentait 6,4 % du PIB.
10 Voir Stuart Piper, Inprecor n° 505/506 de mai-juin 2005, et « Les ‘‘avant-gardes communautaires’’ de la révolution bolivarienne », Modesto Guerrero, juillet 2005, www.debate-cultural.org.ve/Nacionales/ ModestoEGuerrero4.htm. M. Guerrero est le représentant en Argentine de la Force bolivarienne des travailleurs (FBT).
11 Voir Avanti ! n° 27, septembre 2005.
12 « Le Mexique et l’impérialisme britannique », 5 juin 1938. Œuvres tome 18, ILT Paris, page 57.
13 Pour prendre un seul exemple, sous le premier gouvernement péroniste (1946-1955) en Argentine, la part des salaires dans le revenu national était passée de 39 % à 46 % entre 1946 et 1950. Dans le même temps, le plein emploi était pratiquement atteint. C’est la mémoire de ces quatre années qui fait que, soixante ans plus tard, la classe ouvrière de ce pays reste péroniste. Perón a pu mener une telle politique parce qu’il disposait d’importantes réserves de change et que la demande comme les prix des produits agricoles et de l’élevage, dont l’Argentine était l’un des tout premiers producteurs au monde, étaient élevés. Avec le pétrole, Chávez se trouve aujourd’hui au Venezuela dans des conditions économiques comparables.
14 « L’industrie nationalisée et la gestion ouvrière », op. cit., page 119.